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Rapper contre l’exclusion ?

Rapper contre l’exclusion ?

Réaliser un rap avec des enfants et des sans-abri, drôle d’idée ! Pas tant que cela, pourtant…
Car, comment faire comprendre des concepts comme tolérance, préjugé ou solidarité à des élèves de 12/13 ans au cours de morale dans l’enseignement primaire spécialisé (type 8) ? Tout a commencé par la rencontre avec Muriel Pierre-Sochnikoff, fondatrice de l’association Jamais sans Toit. Son idée : redonner confiance en eux-mêmes aux habitants de la rue, travailler sur les potentiels et non les manques. Exactement ce que je voulais réaliser dans mon cours de morale avec des élèves exclus de l’enseignement ordinaire, qui avaient leur estime de soi cabossée. La classe maturité 4 des ‘moraliens’ de l’école Chazal à Schaerbeek, a tout de suite mordu au projet de solidarité proposé.

Dans un premier temps, nous avons mis en place la traditionnelle récolte de vêtements et de denrées. Mais les élèves voulaient faire plus…

L’année scolaire 2004-2005, nous avons réalisée une marche parrainée, un repas de solidarité avec une vente aux enchères de vraies œuvres d’art… « Plus, plus », réclamaient les élèves. Donc nous avons imaginé une randonnée sponsorisée de 20 km pour couronner le tout Les élèves ont vraiment mouillé leur chemise au sens littéral du terme ! Tous sont arrivés au bout. Ils sont même intervenus au conseil communal de Schaerbeek pour chercher des sponsors à leur projet. Par la même occasion, ils ont changé le regard des autres sur l’enseignement spécialisé. Au total, nous avons récolté près de 5.000 euros pour Jamais sans Toit. Mais nous voulions aussi une vraie rencontre, pas seulement apporter des sous pour les projets artistiques de l’association. Les élèves vont donc régulièrement goûter le mercredi après midi avec les habitués de Jamais sans Toit. Pour l’année 2005-2006, nous avons obtenu des subventions d’Anim’action (Cocof) pour la réalisation d’un rap avec quatre sans-abri de Jamais sans Toit. C’est Jamel du groupe Le Rezo qui anime ces rencontres étonnantes. Tant les élèves que les SDF sont amenés à parler de l’exclusion. Et chacun y trouve son compte. Tous se sentent utiles.

Les élèves veulent aider les habitants de la rue à s’exprimer, à se sentir compris tandis que ceux-ci veulent donner un coup de main à l’écriture à ces enfants dyslexiques, à dédramatiser l’écrit. Un habitant de la rue a dit avec un grand sourire: « J’étais brouillé avec l’école, j’aimais pourtant écrire de la poésie. Mais un prof m’a cassé et je n’ai plus écrit depuis. Je m’y suis remis depuis que je viens à Chazal. »

Pourquoi des projets avec des jeunes

Nos projets font partie d’un ensemble, d’un collectif scolaire et associatif. Jamais sans Toit, dans le cadre de ses objectifs, peut ici être considéré comme le porte drapeau de plusieurs associations (Génération nouvelle, Age et Transmission, ‘Institut de la Vie, Handiplus, My Choice…) qui se sont réunies pour proposer à leurs publics (sans abris, mamans, seniors, personnes handicapées,…) de rencontrer et de travailler avec les élèves d’écoles ou d’autres structures d’apprentissage et de réinsertion de mineurs (« brisons les ghettos de nos écoles ! ») Trois approches…Trois types de d’actions. L’association réalise un projet défini avec une classe précise.
Exemples : projet citoyenneté avec l’école Chazal, projet Rap contre l’exclusion

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Des classes d’écoles différentes collaborent avec l’association sur un même projet.

Exemple : co-organisation et participation au réveillon de Noël avec des élèves en secondaire supérieur (classique, professionnel, technique) d’écoles de Bruxelles et du Hainaut. Les associations partenaires proposent aux élèves rencontrés dans le cadre des projets un prolongement après les heures de cours. Ce qui permet d’offrir aux élèves une cohérence entre ce qu’ils apprennent dans les cours et ce qu’ils vivent à l’extérieur ! Exemples : participation au café citoyen, club « tous à bord », projets artistiques (musique, théâtre…)

Communication

Afin de faciliter la gestion des partenaires et surtout de permettre une bonne communication et donc de donner de la visibilité à tous les acteurs, des outils sont mis à la disposition de tous, par exemple, Deux pages mensuelles dans les quotidiens du Groupe Sud Presse (La capitale,…), Emissions radio (Campus, RTBF, IP Radio), Site Internet par le réseau Magusine, Édition trimestrielle du magazine « Jamais sans Voix », rédigé par les habitants de la rue et les participants aux projets.

En théorie…

Ce collectif permet notamment aux professeurs de s’échanger de nombreux outils et de magnifiques idées, pas uniquement conceptuelles mais mises en pratique quotidiennement ( notamment par les contacts avec d’autres structures et associations !).

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En pratique…

Ce collectif permet concrètement à des jeunes de réaliser des projets en dehors du cadre scolaire strict et liés à leurs apprentissages scolaires, à leur apprentissage de citoyen. Ces projets génèrent de l’enthousiasme, de la prise de responsabilité, de la confiance en soi. Autant d’éléments qui se reflètent inévitablement sur la perception de l’école, de son rôle et de son importance, par le jeune. Finalement, nous souhaitons ouvrir notre plate forme pour mettre en évidence et présenter de manière permanente toutes les initiatives qui donnent plus de sens aux apprentissages…et du plaisir aux élèves !

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Pédagogie et apprentissage…

Du point de vue humain, un mot semble primordial : Le Plaisir. En effet, dans une école qui accueille des élèves trop souvent blessés et rejetés du système scolaire traditionnel, permettre à des jeunes de retrouver le sourire et le plaisir de revenir en classe est essentiel. Et l’apprentissage alors ? On entend trop souvent ce genre de discours :«Le rôle d’une école n’est pas celui d’animer ou de sortir les élèves mais bien d’inculquer de la matière. Car sans matière, pas de diplôme et donc point d’argent ! » Est-ce vraiment avec ce genre de pressions morales que des jeunes en manque de repères pourront s’en sortir ? Cependant, il ne faut pas oublier de permettre aux jeunes de vivre différents apprentissages. C’est pourquoi, nous essayons de proposer aux élèves des projets qui font appel à leurs compétences apparemment en dehors du contexte strictement scolaire. Donner du sens à l’apprentissage, voilà encore une clé importante dans la motivation des jeunes et …des moins jeunes !

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